Laurent Colson, Nuages de Chine

Pierre de lettré, Province du Guangdong, Chine, S.D. Coll. Musée Départemental des Arts Asiatiques, Nice. Photo. D.R.
Calcaire de Ying, socle en bois de Hongmu – 71 x 75 x 23 cm


Samedi 13 Juillet à 17h00

Laurent Colson, Nuages de Chine

Les Nuages manifestent les souffles, les énergies. Leur accumulation est une frontière. L’au-delà, c’est au-delà des nuages, là où flottent les fées apsara dans leurs longs rubans de cirrus, où les grues dodues emportent les immortels, où la reine mère de l’est reçoit le roi de l’ouest, sur la terrasse céleste. Alors, les moines et les ermites s’installent sur les pics qui percent l’océan des nuées pour les apercevoir.

Transition vers l’au-delà des immortels, les nuages offrent un symbole d’éternité. On reconnait leurs volutes dans les spirales joufflues des lingzhi, et sur le sceptre « ruyi » des empereurs et des hauts dignitaires. Ceux-là, champignons d’immortalité, produisent un ingrédient indispensable de la pharmacopée chinoise, ceux-ci arborent en emblème de pouvoir une image de nuage.
Transversaux, dans l’art chinois de toutes les dynasties, on suit les nuages à la trace. Depuis les longs rubans emportés par les souffles cosmiques, à l’aube de notre ère, sous les Han, passant sur les têtes plusieurs fois frisées de la dynastie des Yuan, on s’attendrit sous les Ming aux boucles généreuses et rondes, avant d’atteindre les longs étirements effilés, enchainés en de larges réseaux sous la dernière dynastie des Qing. Envahissants, ils entrent dans les demeures. Le toit des maisons flotte sur des nuées indiscrètes qui ont conquis la charpente. Les décors des bronzes archaïques ou des laques cinabres se découpent sur des brocards ennuagés.
Mais les poètes chantent le petit nuage blanc solitaire dans un ciel bleu infini, seule existence, témoin du grand vide. Et pris de nostalgie, ils pensent à l’ami lointain ; il se languit tout autant, dans ces contrées étrangères vers où glisse le petit nuage blanc. Ils aimeraient tant y attacher leur âme. Et quand Les brumes qui montent de la terre mêlent leurs volutes à celle de l’encens pour faire naître les nuées, les nuages de printemps s’amusent avec la pluie et fertilisent la terre. Tant d’amoureux en Chine ont suivi leur exemple et se sont inscrits dans le grand cycle des mutations.

Laurent Colson se partage entre la Chine et Paris où il a, depuis 1997, une galerie dédiée à l'art de vivre des lettrés chinois (mobilier, pierres de studio, objets d'art). C'est un fin connaisseur de la Chine où il vit et voyage depuis près de vingt ans.
Avec Iris L. Sullivan (photographe) il a publié en 2010 aux éditions du Rouergue, l'ouvrage L'art des jardins en Chine.